La corrosion galvanique d'un échangeur apparaît quand deux métaux de noblesse différente sont reliés électriquement dans l'eau de refroidissement. Le moins noble — le plus souvent la plaque tubulaire ou la boîte à eau en acier au carbone — se corrode pour protéger les tubes plus nobles en cupro-nickel, laiton, inox ou titane. Le rapport de surfaces et la conductivité de l'eau en fixent la gravité.
Ce dommage est prévisible : on peut l'éviter à la conception, le contrôler ou le réparer. Ce guide aide à décider quoi inspecter, quoi spécifier et quoi réparer.
Où se produit la corrosion galvanique dans un échangeur
Un échangeur tubulaire combine plusieurs métaux par conception. Chaque jonction baignée par le même électrolyte est une pile potentielle.
| Endroit | Couple type | Métal qui se corrode | Ce qu'on observe |
|---|---|---|---|
| Face de la plaque tubulaire | Plaque en acier au carbone, tubes en alliage cuivreux, inox ou titane | Plaque tubulaire | Cuvettes autour des perçages, ponts amincis, joints desserrés |
| Boîtes à eau et boîtes de distribution | Boîte en acier ou en fonte contre une plaque cuivreuse ou plaquée | Boîte à eau | Perte de métal près de la plaque, graphitisation de la fonte |
| Cloisons de passes | Cloison en acier contre une plaque ou un placage noble | Cloison et sa rainure | Rives amincies, dérivation entre passes |
| Chicanes et plaques-supports | Chicanes en acier et tubes non ferreux, si l'eau circule côté calandre | Perçages des chicanes | Trous agrandis, vibration et usure des tubes |
| Boulonnerie | Boulons en acier dans des pièces en bronze, inox ou alliage cuivreux | Boulons | Tiges amincies ou grippées |
| Raccordements | Manchette ou tubulure en acier dans un réseau cupro-nickel ou inox | Pièce en acier | Amincissement local près du joint |
| Joints d'étanchéité | Joints en graphite sur des faces d'acier | Face de bride | Piqûres le long du contact du joint |
Le graphite mérite une mention : il se place à l'extrémité noble de la série galvanique. Joints, garnitures et équipements en graphite jouent donc le rôle de cathode face à l'acier. Pour les appareils construits en graphite, voir notre guide sur la remise en état d'un échangeur en graphite.
Corrosion galvanique de la plaque tubulaire : le mécanisme
Un joint tube-plaque dudgeonné ou soudé est un contact métallique permanent. Tubes et plaque sont donc toujours reliés électriquement ; c'est l'eau de la boîte qui ferme le circuit ionique et active la pile. La plaque en acier devient l'anode et libère des ions métalliques, tandis que la réduction de l'oxygène se fait sur les tubes nobles, qui jouent le rôle de cathode.
Conséquence pratique : on ne peut pas isoler électriquement un tube de la plaque dans laquelle il est dudgeonné. À la plaque tubulaire, la prévention passe par les matériaux, les revêtements, la protection cathodique et la chimie de l'eau, pas par l'isolement.
Rapport de surfaces : petite anode, grande cathode, le pire cas
Le courant galvanique capté par la cathode doit être fourni par l'anode. Si la cathode est grande et l'anode petite, la densité de courant anodique — donc la vitesse de corrosion — est élevée.
Dans un échangeur, la cathode, c'est la surface mouillée des tubes, énorme comparée à l'acier exposé sur la face de la plaque. Voilà pourquoi la plaque se creuse même quand le reste de l'acier paraît bien protégé. Voilà aussi pourquoi revêtir seulement l'anode est dangereux : chaque manque dans le revêtement de la plaque devient une minuscule anode face à toute la surface des tubes, et elle perce plus vite que l'acier nu ne se serait corrodé.
La même règle joue en votre faveur ailleurs : des boulons en inox dans une bride en acier au carbone sont généralement acceptables, parce que la petite cathode est alimentée par une grande anode ; des boulons en acier dans une pièce en bronze ou en inox ne le sont pas.
Conductivité de l'électrolyte et chimie de l'eau
Sans chemin ionique, pas de pile. L'eau fixe donc la portée et l'intensité de l'attaque :
- Eau de mer et eau saumâtre : très conductrices, le courant se répartit sur une grande surface, et toute la face de la plaque et la boîte à eau peuvent être attaquées.
- Eau peu conductrice (condensat, eau déminéralisée) : l'attaque se concentre près de la jonction, là où le chemin ionique est le plus court.
- Eau de tour de refroidissement : entre les deux, et sa conductivité augmente avec les cycles de concentration.
- Chlorures, oxygène dissous, température et vitesse accélèrent les réactions ; dépôts et encrassement biologique créent leurs propres piles locales.
- Le cuivre dissous provenant des tubes cuivreux peut se redéposer sur l'acier en aval et y former de nouvelles cathodes locales.
Comment la reconnaître à l'inspection
Inspectez avant le nettoyage, puis après, photos et relevé des zones touchées à l'appui.
Signes typiques :
- attaque concentrée sur le métal le moins noble, maximale près de la jonction avec le plus noble ;
- cuvettes autour des perçages et ponts amincis entre les trous ;
- perte d'étanchéité des joints dudgeonnés, révélée par un essai hydrostatique ou d'étanchéité ;
- perte de métal de la boîte à eau près de sa bride d'assemblage avec la plaque ;
- sur la fonte, une surface d'apparence saine qui se raye au couteau en graphite tendre et foncé : c'est la graphitisation.
Mesurez plutôt que d'estimer : épaisseur par ultrasons sur les boîtes à eau, profondeur des cuvettes sur la plaque, largeur des ponts dans les zones attaquées. La corrosion galvanique se confond facilement avec d'autres mécanismes. Une attaque locale et profonde sous les dépôts ou au bord des joints oriente vers la corrosion caverneuse ; des piqûres profondes et dispersées sur un seul métal, vers la corrosion par piqûres ; une usure lisse et orientée par l'écoulement à l'entrée des tubes, vers l'érosion-corrosion. Le mécanisme dicte la réparation.
Prévenir la corrosion galvanique d'un échangeur
1. Choisir des matériaux compatibles. Utiliser la série galvanique, dans l'eau de service réelle, pour choisir une plaque, des boîtes et des cloisons proches de l'alliage des tubes, ou une plaque plaquée d'un alliage compatible côté eau. Pour un faisceau neuf ou de remplacement, c'est la mesure la plus durable.
2. Isoler là où c'est possible. Des trousses d'isolement de bride (joint isolant, manchons et rondelles) coupent le contact métallique entre une boîte à eau et une tuyauterie d'un autre métal. Elles ne font rien au joint dudgeonné.
3. Revêtir la cathode, ou les deux — jamais seulement l'anode. Un revêtement de plaque tubulaire est efficace s'il fait partie d'un système : il couvre la face de la plaque et déborde sur les bouts de tubes, il est vérifié au détecteur de manques et exempt de défauts, et il est combiné à une protection cathodique dans la boîte à eau, pour qu'un défaut éventuel soit protégé au lieu de devenir une petite anode. Les boîtes à eau sont revêtues sur toutes leurs surfaces mouillées.
4. Installer une protection cathodique dans les boîtes à eau. Des anodes sacrificielles boulonnées dans la boîte, ou un système à courant imposé, protègent la plaque et la première portion des tubes. Les anodes s'usent par conception : on les inspecte et on les remplace à chaque arrêt. Avec des tubes en titane, les potentiels de protection doivent rester dans les limites recommandées par le fournisseur des tubes pour éviter l'absorption d'hydrogène par le titane.
5. Contrôler l'eau. Le traitement des chlorures, de l'oxygène, du pH, des dépôts et de l'encrassement biologique réduit la force motrice. Évitez de laisser de l'eau stagnante dans l'échangeur pendant un arrêt prolongé.
Réparer une plaque tubulaire et des boîtes à eau attaquées
Quand la perte de métal n'est pas structurale, une réparation à froid remet les surfaces en état pendant un arrêt planifié :
- Évaluer la largeur des ponts, les portées de joint, les rainures de cloison et l'étanchéité des joints. La plaque tubulaire est une pièce sous pression : son épaisseur minimale est une valeur de conception, et c'est l'inspecteur du propriétaire qui juge si le métal restant est acceptable.
- Protéger les tubes, puis décaper la plaque et la boîte à eau au degré de propreté et au profil exigés par la fiche technique, typiquement presque blanc (SSPC-SP 10 / NACE n° 2, ISO 8501-1 Sa 2½).
- Mesurer et éliminer les sels solubles (méthodes ISO 8502-6 et ISO 8502-9) : eau de mer et eau de refroidissement laissent des chlorures au fond des cuvettes.
- Reconstruire cuvettes, ponts, portées de joint et rainures à l'époxy chargé métal, puis reprendre la géométrie.
- Revêtir avec un système époxy pour immersion qui déborde sur les bouts de tubes, mesurer l'épaisseur sèche et passer toute la surface au détecteur de manques.
- Réinstaller ou remplacer les anodes, respecter le mûrissement complet indiqué à la fiche technique, puis faire l'essai d'étanchéité avant la remise en service.
Le remplacement s'impose quand les ponts sont trop minces, la plaque percée, les joints impossibles à rendre étanches ou la fonte profondément graphitisée. Remplacer la pièce, avec un alliage mieux assorti, traite alors la cause plutôt que le symptôme.
Questions fréquentes
Peut-on se contenter de revêtir la plaque tubulaire en acier ? Non, pas seule. La plaque est l'anode : tout manque dans son revêtement devient une petite anode face à la grande surface des tubes et se corrode très vite. Il faut aussi revêtir les bouts de tubes, vérifier au détecteur de manques et ajouter une protection cathodique dans la boîte à eau.
Les anodes sacrificielles protègent-elles toute la longueur des tubes ? Non. Le courant atteint la plaque, la boîte à eau et la première portion des tubes près de l'entrée. À l'intérieur des tubes, la protection dépend de l'alliage et du traitement de l'eau.
Pourquoi des tubes en titane dans une plaque en acier forment-ils un couple si sévère ? Le titane est très noble et offre une grande surface cathodique : l'acier reçoit donc un fort courant galvanique. La protection cathodique aide l'acier, mais ses potentiels doivent rester dans les limites recommandées pour le titane.
La corrosion galvanique touche-t-elle aussi les boucles fermées au glycol ? Oui, c'est possible, mais la conductivité et l'oxygène y sont généralement plus faibles et des inhibiteurs sont présents. L'attaque apparaît quand l'inhibiteur s'épuise ou que le fluide est contaminé : l'analyse du fluide fait partie de la prévention.
Comment distinguer corrosion galvanique et érosion à l'entrée des tubes ? L'attaque galvanique suit la jonction entre métaux et touche le moins noble. L'érosion-corrosion suit l'écoulement : usure lisse et orientée à l'entrée des tubes, souvent sur le tube lui-même.
En pratique
Induscoat inspecte et répare sur place les plaques tubulaires, boîtes de distribution et boîtes à eau d'échangeurs au Québec et en Ontario, dans le cadre de son service de maintenance et réhabilitation : préparation de surface avec contrôle des sels solubles, reconstruction à l'époxy chargé métal, revêtement pour immersion vérifié au détecteur de manques, et recommandation claire quand le remplacement est la meilleure option. La page réparation d'échangeurs décrit la portée des travaux. Des photos de la plaque et des boîtes à eau, les matériaux de construction et l'analyse d'eau suffisent pour commencer : demander une soumission. Les fiches techniques de la gamme Induscoat sont publiées sur le site de la marque, induscoat.com.
Hicham M, ing., PMP
Ingénieur et chef de projet (PMP) chez Induscoat. Plus de 16 ans d'expérience en revêtements industriels, réparations composites et protection anti-usure sur des sites miniers, énergétiques et pétrochimiques, au Canada et à l'international.
